Berlin avant la chute du mur
Quand Hélène Bernard est arrivée à Berlin, les circonstances dans lesquelles se trouvait la ville amenaient une part de ses habitants à une recherche d’identification et à un investissement sauvage des lieux.
Dans une ville au statut longtemps incertain, où les gens sont de passage, dans les tensions issues des dualités, s’exprimer devenait vital.
La ville appelait une prise de position permanente. La neutralité y était impossible. D’où l’importance, ici, de l’engagement politique, de la pratique artistique ou d’une réflexion sur l’environnement. L’attention d’Hélène s’est centrée sur les paradoxes visuels, dans lesquels Berlin se complaisait. Les lieux, intacts ou atteints, entraînaient systématiquement des sentiments d’attirance et de répulsion.
Ces îlots denses et gris, qui imposent la présence brutale de murs aveugles, ce paysage ponctué d’usines-monuments qui élèvent leur masse de façon inattendue dans l’air berlinois, le tout mêlé à la grandeur des espaces, offraient à l’œil un rapport étonnant entre terre et ciel.
Ce type d’image, pourtant si fréquent dans de nombreuses banlieues de métropoles, prenait ici la tournure d’un paysage romanesque d’autant plus inquiétant qu’il était issu d’une cité urbaine inachevée.
Découvrir, saisir des éléments, observer, analyser donnaient lieu à chaque fois à une remise en question. Percevoir et traduire, se relâcher et se détendre dans l’imaginaire. Au hasard de ses balades, Hélène a senti la ville s’imprégner en elle par touches successives. Sa tête a débordé d’informations hétéroclites : Hélène a aimé cette stimulation tout en étant indisposée par le caractère insaisissable de l’ensemble.
Les premiers lieux qui lui ont paru significatifs à Berlin ont été :
- Ces grands terrains ferroviaires, qui en temps normal représentent la rapidité et le niveau d’échange de la ville avec l’extérieur, mais qui ici sont abandonnés et laissés en proie aux arbres.
- Ces cours intérieures, façades cachées de la rue, qui lorsqu’elles ne sont pas réaménagées sont souvent en contradiction avec la grandeur des espaces extérieurs.
- Ces Kneipen, bistrots aux décors souvent extra(-)ordinaires, lieux d’échanges et de mélange culturel.


